La vérité n'existe que dans l'expérience et encore seulement dans l'expérience de chacun, et même dans ce cas, dès qu'elle est rapportée, elle devient histoire. Il est impossible de démontrer la vérité des faits et il ne faut pas le faire. Laissons les habiles dialecticiens sur la vérité de la vie. Ce qui est important, c'est la vie elle-même. Ce qui est réel, c'est ce que je suis assis ici à côté de ce feu, dans cette pièce noircie par la fumée de l'huile, que je vois les flammes dansant dans ses yeux, ce qui est vrai, c'est moi-même, c'est la sensation fugitive que je viens d'éprouver, impossible à transmettre à autrui. Dehors, le brouillard est tombé, les montagnes sombres se sont estompées, le son de la rivière rapide résonne en toi et ça suffit.
Gao Xingjian, extrait de : La montagne de l'âme
Extrait du monologue de JULES
Puis je me retrouve par terre, la figure contre le ciment froid et je ferme les yeux, parce que la fraîcheur du béton me fait du bien, et je voudrais dormir. Mes poignets me brûlent tant, que je donnerai tout pour ne plus sentir cette douleur, âcre, alors je plonge encore plus bas dans mes profondeurs, et je ne vois plus rien, je n’entends plus, et lui il continue de frapper. Je ne sens plus ma chair, je me concentre sur le néant, le néant dans ma tête, le néant dans mon corps. Et je suis comme le nageur, sous l’onde métallique d’une mer agitée, j’agite les bras comme je respire pour ne pas crever.
Et j’ondule sous l’onde métallique.
Extrait du monologue d'HERVÉ
Je m’appelle Hervé. Je suis née le 23 mai hors des frontières de cette belle province qui se souvient. J’y aie vécu un certain temps avant que ma famille déménage à Montréal, à l’âge de 7 ans. Une grande bâtisse en brique jaune, haute de six étages, des pièces sombres, une bonne, le grand chêne pleureur, le bois des tentures qui s’effritaient, l’odeur du gaz, ma mère qui tricote, ma sœur qui joue du piano avec l’instituteur, elle joue mal, le bruits des voisins qui marchent dans le couloir, les portes qui claquent, le vieux qui mâchouille un anglais incompréhensible avec un accent du sud, le bruit de ses bouteilles qui s’entrechoquent de l’autre côté du mur, la famille d’Indiens, ils me sourient, le petit qui joue avec son tricycle en fonçant dans les portes du couloir, la buanderie où je vais me cacher, pour entendre un peu mieux le silence. L’odeur des poubelles de la cave, les vieux bois morts, les cadenas des lockers que je fais sauter, des entrepôts insignifiants. Voilà ce qui me rappelle le premier appartement. Cela ne vous intéresse pas ? J’écris des poèmes dans un vieux cartable, de très mauvais vers qui ne disent rien. Alors je prends l’autobus 24, on remonte la rue Sherbrooke, on tourne sur Berri, on revient sur Sherbrooke et on traverse le parc Lafontaine. Je griffonne des mauvais vers. À la station de métro, je reprends à sens inverse. Deux heures de perdus. Je reviens. Julie ne joue plus. Ma mère me montre son foulard. Elle me le fait passer autour du cou. Tu es beau, qu’elle me dit. Elle m’embrasse. Elle ne peut pas s’empêcher de m’embrasser. Je me laisse faire, au tout début, mais ensuite je réussis à chaque fois à éviter ses lèvres froides sur mes joues. Elle sourit davantage.
Ma sœur et ma mère me regardent. Tu es beau. Elles sourient encore. Ma sœur passe un bras contre mon épaule, ma mère me prend la main et caresse les bouts de mes doigts. Tu es beau.
Extrait du monologue d'ALICE
Je faisais des rêves étranges ou je ne rêvais pas du tout. Je marchais dans la campagne, dans un monde sans oxygène. Un curieux paysage de routes désertes, sans âme qui vivent. Tout demeurait figé. Je montais sans cesse la même colline.
lundi 5 mai 2008
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