
: : recherche sur JULES
FÉNÉLON, Gilles. « Le syndrome de Munchaussen», Presses universitaires de France, série «Nodules», Paris, France, 1998, 127 pages.
Cette conduite n’a aucun sens apparent.
Maladie réputé rare, au regard des autres troubles factices. Souvent peu rapporté. Aucune étude épidémiologique. La nature même du syndrome empêche d’avoir une idée de sa prévalence : à l’évidence, la proportion de cas ou le diagnostique n’est pas fait est inconnue, tous les cas reconnus ne sont pas publiés tandis que ceux reconnus le sont plusieurs fois...
Voilà le premier défi : Ne pas ajouter au malheur par des erreurs diagnostiques et des traitements inutiles.
Longtemps considérés comme anecdotiques, comme de pittoresques scories de la «vraie» médecine, ces comportements sont à présents regardés de manière moins condescendante – même si, nous le verrons, l’ironie et l’irritation transparaissent toujours dans certaines réactions. C’est que les interrogations et que soulignent ces malades sont graves et pressantes.
Le voyage de ces hommes et des ces femmes, leur apparente maîtrise des situations, leurs extraordinaires jeux de masque ne doivent pas faire croire à l’expression d’une liberté. Leurs routes mènent à l’enferment dans une chambre d’hôpital, quelques fois dans une cellule si ils sont aussi délinquants.
Prisonniers de leurs fables, de leurs stéréotypes, quelques fos de la drogue, leur itinéraire est en boucle et leur seul projet, la réitération. Sur leur corps même finissent par s’inscrire doutes et accidents médicaux. Mais s’il livre son corps aux médecins, ce malade «autrement» se dérobe à leurs questions, refuse leur aide, dénie la souffrance et, Sisyphe solitaire, retourne à son rocher (de fatima ?) au risque de l’écrasement
Sans demande, sans discours à une souffrance enfouie qu’on ne peut présumer, il fuit tout essai de traitement.
C’est là le deuxième défi, plus ardu que le premier : Comment dépasser le rempart de facticité, faire accepter une aide dans le saccage d’une existence?
Il ne faut pas se voiler la face : le problème est insoluble dans la grande majorité des cas, ce qui ne devrait pas être une raison pour renoncer dans tous les cas. Quelques – trop rares- observations incitent à ne pas se réfugier définitvement dans un négativisme résigné, un sentiment pourtant inévitable à un moment ou à un autre de la rencontre.
Le comportement décrit sous le soum de syndrôme de Munchaussen reste une énigme. Bien que l’on fasse souvent état de structures de type état-limite ou de personnalité psychopathique, facticité et départ précipité ne permette pas, dans la plupart des cas, l’abord psychopathologique. Pour autant, ces malades ne sont pas des extra-terrestres : il arrive, rarement, que la rencontre avec un parent permette de débrouiller un peu l’écheveau des mensonges et de l’errance, d’accéder à la vérité d’une enfance, de retracer fuites et ruptures. Ces fragments biographiques ne sont pas explicatifs, ils fournissent quelques pistes et rendent le malade à son humanité, le soignant à sa compassion.
Le médecin, tour à tour trompé, manipulé et réfuté, reste au bord du chemin et ne résiste pas toujours à la tentation du rejet. Ces malades sont des dynamiteurs, et pas seulement de leur vie même : leur passage ébranle les fondations de la pratique médicale, mettent à nue certains comportements, certains regards sur les malades et la maladie. Lointains héritiers de «dégénérés» de Morel et de Magnant, puis des mythomanes «constitutionnels» de Dupré, ils n’échappent pas toujours au jugement moral s’ils échappent à la médecine... Il ne faut pas fuir ce dernier défi, éluder les questions que nous posent ces hôtes fugaces de nos hôpitaux, ces «fables en marche».
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La maladie de Munhaussen fait référence à un trouble factice (et non de simulation), dans un cadre intéressant d’étude sur des gens exagérant leurs troubles. Études de Gauvin sur les « Sur les maladies feintes et factices, principalement chez les soldats et les marins». (...) Si la grande majorité des marins et des soldats ont vue quelques avantages, certains sans autre motif, semblent éprouver une inexplicable satisfaction à tromper leurs officiers, camarades et médecins». Intéressant dans la perspective de créer un personnage, sans aucun but apparent, rapport à l’histoire et l’Histoire.
Pathomimies : (Dieulafoy, cas de Paul Bourget, 1908 : un homme simule une maladie et réclame plusieurs chirurgies qui l’amputent. Fabrique lui-même des lésions qui apparaissent régulièrement et avec une grande rapidité. Un jour, il passe aux aveux et Dieulafoy avec un collègue décide de nommer cette forme pathologique d’un nouveau nom) : «Les pathomimes de cette catégorie ne retirent de leur actes aucun profit, aucun bénéfice ; mais ils éprouvent une joie intime à se rendre intéressants et à se faire plaindre, ils ont une grande satisfaction à mystifier leur prochain (..) et, une fois engendrés dans cette voie néfaste, ils s’y complaisent ils n’en peuvent plus s’en sortir, ils n’ont pas la volonté, ils n’ont pas de libre arbitre.»
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...qui craignait d’abord que le malheur survienne, finit alors pas s’inquiéter qu’il ne survienne pas – Shakespeare (Périclès)
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